Créer des majorités d'idées et des rapports de forces
Interview de Pierre Dharéville dans La Marseillaise
Le secrétaire départemental du PCF 13 aborde les questions liées à l'actualité.
La Marseillaise. Vous étiez ma
rdi auprès des salariés de Fralib, samedi au côté de ceux de Monoprix. Le climat social reste marqué par des conflits extrêmement durs. Comment analysez-vous cette situation ?
Pierre Dharréville. Ce sont deux cas différents. Quoique. Sans savoir ce qui allait se passer, je parlais samedi aux salariés de Monoprix, qui sont en lutte pour leur pouvoir d’achat face à un grand groupe qui fait des profits très conséquents, de la lutte des Fralib voici quelques mois. La pression sur les salariés s’exerce par tous les moyens et la volonté des forces de la finance. On pourrait aussi citer les propos du PDG de Ryanair qui menace de partir si le Parquet le poursuit pour avoir bafoué le droit social français. La lutte des classes va bon train. Et les marchés financiers n’ont pas désarmé. Ils veulent continuer leur pillage effréné. Le projet de la direction de Fralib est indécent et révoltant. Comme s’ils voulaient se payer la tête des salariés qui osent se défendre... A Gémenos, il y a 182 emplois directs. Le thé L’éléphant est né à Marseille au 19e siècle. Et ils veulent fermer leur dernière unité de production française, qui est bénéficiaire. Au passage, on voit l’efficacité de la politique industrielle de ce gouvernement... Nous n’avons pas prévu de laisser faire. Nous allons relancer de plus belle de notre projet pour une ambition industrielle durable.
La Marseillaise. La mobilisation des retraites va connaître un nouvel épisode samedi. Pensez-vous que ce mouvement peut aboutir ?
Pierre Dharréville. Oui. Les salariés et leurs organisations ont réussi à mettre un pied dans la porte. Et au fond, le gouvernement n’en mène pas large. Depuis plusieurs mois, malgré un matraquage digne de ce que nous avons connu lors du référendum sur l’Europe, il n’a pas su convaincre. Très majoritairement, les citoyennes et les citoyens n’en veulent pas. Et ils soutiennent les manifestations. Ajoutons à cela une situation politique extrêmement délétère avec un gouvernement affaibli sur tous les fronts. Sa politique de chasse aux Roms, qui porte atteinte aux fondements de la République, a provoqué une réprobation massive. Le projet de casse de la démocratie locale commence à s’ensabler. Ses attaques contre la presse et la justice ne passent pas. Les conditions sont en train d’être réunies pour aller à la gagne. Parce que l’on ne peut pas gouverner éternellement contre le peuple.
La Marseillaise. Que comptez-vous faire sur ce sujet pour aider le mouvement ?
Pierre Dharréville. D’abord, nous allons prendre notre part à la mobilisation. Aujourd’hui et demain, nous organisons quarante-huit heures de points de rencontre autour des retraites dans tout le département. Ensuite, nos sénateurs vont poursuivre la bataille parlementaire et je sais qu’Isabelle Pasquet est prête à prendre le relais de Michel Vaxès. Il faut mettre tout ce qui est possible dans le rapport des forces afin de l’emporter. Et c’est aussi pour cela que nous allons lancer dès le 14 octobre prochain à Marseille le mois de la protection sociale. Nous allons inviter tous les acteurs disponibles et tous les citoyens intéressés afin d’envisager des réponses à la question « quel projet, quel avenir pour un système de protection sociale solidaire ? » Nous allons poser cette question en plein débat sur les retraites, sur le budget de la sécurité sociale, sur le réseau de soins.
La Marseillaise. Vous pensez déjà à 2012, en fait…
Pierre Dharréville. Mais tout le monde pense à 2012. Tout le monde se demande comment mettre dehors le petit clan qui tient toutes les manettes du pouvoir. Cela ne nous empêche pas de penser que c’est aujourd’hui que se joue la victoire sur les retraites. Et la meilleure manière d’aider à gagner, c’est de faire grandir les solutions alternatives, les logiques alternatives. La gauche doit travailler sur son projet. Une réforme des retraites régressive mise en œuvre par la Gauche n’aurait pas plus de vertus que celle que nous connaissons aujourd’hui. Nous, nous avons décidé de lancer un grand mouvement populaire afin de construire un projet partagé. Nous pensons que la politique et donc le débat de 2012 doivent se faire autour de grandes options de société. Nous voulons ouvrir des espaces pour penser l’avenir autrement. Nous commençons par la protection sociale, mais très vite, nous allons élargir le champ, avec ces rencontres du projet partagé. Nous voulons créer des majorités d’idées et des rapports de forces sur des sujets précis pour structurer autrement la gauche. Et rien de tout cela ne se fera sans les gens. C’est tout le sens de notre effort, avec le Front de Gauche.
La Marseillaise. Le climat actuel n’est-il pas un tue l’amour pour la politique, et ne réveille-t-il pas le danger d’extrême droite ?
Pierre Dharréville. Le.danger d’extrême droite est toujours présent. Surtout lorsque la droite s’applique à reprendre ses thèses haineuses et racistes. Et les affaires, dont certains se servent pour mettre tous les politiques dans le même sac, en rajoutent évidemment. L’affaire Woerth-Bettencourt est surtout un puissant révélateur des liens entre la droite et le monde de la finance et du grand patronat. Si Madame Bettencourt finance l’UMP, c’est pour qu’elle aille au bout de sa politique de classe. Nous avons pourtant vu où nous menaient les logiques capitalistes, avec des gens qui sont prêts à spéculer sur le logement des ouvriers, sur la dette des États, sur la santé de la planète, sur le pain et l’eau. Tout cela est en train de réveiller les consciences et nous le remarquons avec les adhésions au Parti Communiste. Dans cette période, il faut se rassembler pour imposer des réponses audacieuses et nouvelles. C’est ce que nous voulons porter avec le Front de Gauche.
Propos recueillis par Michel Del Picchia (La Marseillaise, le 30 septembre 2010)